4 February 2023

Les vraies causes de la mort du foot congolais (Édito)

Nul ne peut ignorer à ce stade que le football de la RDC est au plus mal. Il n’y a plus rien à espérer, si ce n’est à un miracle par patriotisme aveugle, la foi ou croire en des pratiques fétiches, pour ceux qui croient en cela. Mais s’il faut rester dans la logique et dans le réel, la République démocratique du Congo ne devrait même pas figurer dans le top 30 des nations africaines du sport roi, c’est une réalité. Gede Luiz Kupa vous plonge dans son édito.

Les raisons de ce déclin sont bien connues, il suffirait juste de regarder sans complaisance, sans parti pris, sans opinion préconçue, pour arriver à faire un jugement objectif sans embages. Ainsi, ensemble, nous allons essayer d’analyser point par point le vrai problème du football congolais.

L’État congolais

Dans un pays sérieux, l’autorité suprême régule tous les secteurs et donne des orientations suivant des moyens financiers qui accompagnent des projets sérieux aux fins d’avoir des résultats escomptés au bout d’un délai requis. Est-ce le cas avec l’État congolais vis-à-vis du sport en général, du football en particulier, puisqu’il s’agit de cela en moment ? La réponse est NON !

Nous le savons tous que les sports, le football, c’est le cadet de souci pour les autorités congolaises. L’organisation autour de celui-ci tourne autour de billets de banque qu’on donne souvent les yeux fermés afin de participer aux éliminatoires, aux compétitions sans vérifier si l’organe technique (fédération) a établi un programme. Ce programme qui n’existe d’ailleurs pas déjà !

Dans tous les pays africains qui se développent aujourd’hui, leurs autorités politiques ont compris qu’il faut investir dans la formation en construisant des centres de formation modernes dont le coût varie entre 15 et 20 millions, sommes qui ne manquent pas à l’État congolais. Former des formateurs, détecter des milliers de talents du pays et ne retenir que les meilleurs. Ce sont des académies sérieuses qui sortent les meilleurs pour l’avenir. L’exemple du Sénégal local qui nous a éliminé. Là-bas, il n’y a pas un championnat aussi fort où les clubs jouent régulièrement les Inter-clubs de la CAF comme en RDC, mais ils ont des enfants qui se connaissent par cœur parce qu’ils jouent ensemble depuis qu’ils ont 11 à 12 ans.

Faut-il continuer à subventionner les amateurs qui viennent directement des rues, n’ayant aucun fondement et aucune politique dans leurs clubs, et s’attendre à des résultats meilleurs ? C’est la folie. On peut le refaire 100 fois, le résultat sera le même : Échec !

La Fédération

Comme organe technique censé créer et proposer une identité du football en commençant par le football des enfants, la fédération devrait être gérée par des responsables, des fins connaisseurs et des experts en la matière.

Aujourd’hui, c’est l’argent du trésor public qui intéresse tout le monde. Ils veulent tous voyager, être dans des ordres de mission, faire des magouilles avec certains présidents des clubs, enfreindre les règles qui régissent le football pour des raisons pécuniaires, faciliter la triche et s’éterniser au pouvoir malgré les échecs à répétition depuis des années.

La FIFA qui a, par le passé, subventionné le football congolais via la FECOFA, ne saura même pas comprendre qu’une fédération d’un grand pays comme la RDC avec autant de potentiel qu’il y a, ne puisse pas avoir un centre technique moderne appartenant essentiellement à cet organe censé être « technique ».

Une fédération dont la direction technique n’existe que de nom, gérée par un directeur technique échantillon. L’administration chaotique, l’exemple de plusieurs cas récents sur l’affiliation des joueurs, aucune base des données pouvant faciliter l’ordre, l’organisation du football des jeunes catastrophique, le football féminin n’en parlons pas, la communication c’est encore pire, pour ne pas parler de l’organisation « quasi-nulle » du championnat d’élite du pays.

Malgré ça, c’est à l’État congolais de subventionner les équipes et ce dernier ne sachant pas comment s’y prendre, finit également par faire du n’importe quoi. Un désordre bien organisé qui ne dit pas son nom.

Par conséquent, le niveau et l’organisation du championnat s’enfoncent, on fabrique des champions, les forts subissent le traitement de faveur et les faibles ne vont s’en prendre qu’à eux-mêmes, tout ça sous les yeux des dirigeants des équipes incapables de hausser le ton, parce que nombreux font partie du système.

Faut-il faire recours à l’ancienne formule où tous les grands clubs jouaient aussi les ententes comme l’EPFKIN à Kinshasa ? Comment voulez-vous que les joueurs soient meilleurs si certains passent 2 mois sans jouer à cause du calendrier qui n’est pas respecté ? Pourquoi faut-il continuer à miser sur un format de championnat dont on est pas capable de gérer ?

La Fédération qui n’a aucun projet des équipes d’âge attend gagner des titres avec des équipes préfabriquées et des générations spontanées.

Récemment, les U17 ont déclaré forfait parce que le test IRM de la CAF a viré plus de 15 joueurs qui ont dépassé 17 ans et ont triché dans la sélection des jeunes.

Les U20 éliminés après avoir passé une préparation fallacieuse en Europe sans orientation aucune et plusieurs n’ont pas pu obtenir des passeports congolais à temps afin de jouer les éliminatoires.

Les U23 bricolés et assemblés vite fait pour jouer les éliminatoires, même s’ils sont qualifiés au dernier tour sur terrain, une bombe risque d’éclater bientôt dans les bureaux comme d’habitude, sabotage ! (on va y revenir),

L’équipe locale avec un niveau catastrophique dans ce CHAN, alors qu’elle aurait soi-disant regorgé les meilleurs du championnat actuellement.

Quant à l’équipe première, il n’y a rien de rassurant, puisqu’elle est sur le point de rater encore une deuxième Coupe d’Afrique des Nations (CAN) à 24 nations.

Avec tout ça, pourquoi ne pas se poser les bonnes questions ? Faut-il continuer à gaspiller l’argent, même s’il arrive toujours en retard, dans des sales besognes comme ça ? N’est-ce pas que vous donnez raison au ministère de finance qui tarde à décaisser les fonds pour le sport ?

Il faut arrêter de bricoler, le football d’aujourd’hui est une école de loyauté, de conscience, d’organisation, de management, de sérieux et des moyens conséquents. Pour avoir des résultats, il faut travailler dur et à long terme, afin de réussir.

La moralité

Combien de dirigeants et autorités dans ce pays ont une bonne moralité face à l’argent ? Combien passent leur temps à réfléchir sérieusement sur les sports avec pour objectif sortir la RDC du trou sans penser à se faire plein des poches ?

Tout tourne autour des magouilles à tous les niveaux. Des petites compétitions et éliminatoires sont devenues une aubaine pour chaque compatriote par qui passe l’argent du trésor public.

Des vrais projets n’existent pas, et même s’ils existaient, qui pour les mettre en œuvre jusqu’à la réussite sans songer à profiter ? La pauvreté est un état d’esprit, on peut avoir des maisons et des voitures, mais rester toujours pauvres dans la tête parce qu’on songe qu’à voler et détourner.

La presse

Si rien ne change, et ne compte pas changer maintenant ou après, c’est aussi à cause de la pauvreté. Cette pauvreté qui touche même le corps de métier de journaliste gangrène les sports de la RDC. Les gens censés être impartiaux dans leur jugement et analyse, préfèrent avoir de penchants.

Des dirigeants et autorités qui ne font pas le travail correctement mais sont défendus par la presse. Chacun a sa presse qui le défend bec et ongles à travers des émissions télévisées, radios, presse écrite et dans les groupes WhatsApp. Des chevaliers de la plume qui sont capables de passer des nuits blanches pour défendre des gens malgré leurs échecs visibles. Incapables de dire la vérité puisqu’ils seront privés des voyages et des certains avantages.

Être proche de quelqu’un n’est pas un péché, mais est-ce que ces confrères se donnent-ils la peine de dire à leurs amis dirigeants que ça ne va pas ? On peut rester proche d’une autorité et lui dire ce qu’elle ne veut pas entendre, c’est comme ça qu’on force le respect. Chers confrères, il faut aider les sports de notre pays !

L’athlète (le footballeur)

Est-il vraiment ambitieux ? On peut tout dire mais les joueurs congolais d’aujourd’hui n’ont plus de niveau. Comment ne pas prendre conscience jusqu’à ce point ? Comment jouer l’élite du football congolais et ne pas être en mesure de faire un contrôle de balle ? Est-ce que vous travaillez vraiment ? Pendant vos heures libres, qu’est-ce que vous faites ? Une carrière ne tourne qu’entre 10 et 15 ans. Comment ne pas être conscient et marquer votre histoire ? Nous avons vu des joueurs de qualité dans ce pays avec la même désorganisation, mais là, on touche le fond.
Soyez conscients par moment !

En conclusion : On peut changer des entraîneurs comme on veut, parce qu’ils seront toujours des bouc-émissaires même s’ils ont aussi leur part de responsabilité, mais rien ne va changer si rien ne change non plus, il est temps d’arrêter avec cet amateurisme de depuis des générations.

C’était la honte avant de perdre face à des petites nations ou se faire éliminer au premier tour, mais plus les années passent, plus ça devient normal et pour le grand pays de football que nous sommes, c’est inimaginable !

Si vous êtes d’accord avec moi, partagez au maximum cette tribune pour aider le football de notre pays. Vos avis en commentaire sont les bienvenus également !

Gede Luiz Kupa

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